Naissance

Il était allongé sur son canapé. Celui-ci était si vieux qu'il épousait parfaitement les formes de son corps osseux. C'était le temps qui avait creusé ce confortable cercueil, car il n'avait jamais été plus lourd qu'une plume. L'homme semblait contempler les fissures du plafond. Une mouche voletait doucement. Son vrombissement régulier ressemblait à une berceuse fredonnée par une mère attentive. Elle se posa délicatement sur sa main. Il ne la chassa pas. Elle s'y promena puis reprit son vol. Elle fit plusieurs de ces zigzags propres aux mouches, semblables à un code secret indéchiffrable pour les humains. Elle le survola un instant, afin de choisir un endroit où atterrir. Finalement, elle descendit en piqué et se posa sur le blanc de son œil. Elle se toiletta, récura ses ailes, puis elle entreprit de frotter ses yeux à facettes. Il ne cilla pas. Au même instant, un rayon de soleil traversa le rideau et illumina l'insecte. Son corps scintilla doucement. Un nuage passa et la lumière s'éclipsa.La mouche suspendit son geste.

 

Il était toujours allongé sur le canapé, et une fine couche de poussière s’était déposée sur ses yeux encore ouverts et avait terni leur éclat. Son corps perdait sa chaleur des taches violettes commençaient à apparaître. La mouche se désintéressait du corps et voletait d'une pièce à l'autre en quête de nourriture. Elle se régala d'un reste de repas posé dans l’évier et s’endormit profondément. La chaleur de ce mois d’août était insupportable pour tous les êtres vivants : l'eau des poissons rouges s'évaporait, le beurre posé dans le frigo défaillant avait fondu et avait coulé à travers les joints sur le sol. Seule une fenêtre entrouverte apportait une légère brise. La mouche s'en alla.



Le corps sur le canapé se rigidifiait et se préparait à donner vie. Ses entrailles s'agitaient, et sa peau prenait des couleurs inédites. Une délicate marque verte apparut tout d'abord sur son ventre, puis s'étendit à sa poitrine puis gagna son visage.La mouche retrouva la maison, attirée par le bon fumet qui s'en dégageait. Elle virevoltait dans la pièce, accompagnée maintenant par ses sœurs. Le corps était une bénédiction pour elles. Elles y pondirent leurs œufs, et s'y nourrirent. Les larves voraces qui en sortirent creusèrent des galeries profondes.

Des années plus tard, quelqu'un ouvrit la porte. Sous une couche de poussière reposait un squelette blanchi. Seul un léger vrombissement troublait le silence.



FIN

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Commentaires (1)

1. Tom Tixry (site web) 12/09/2014

Ce texte est répugnant mais joli !

Ajouter un commentaire
×