La mouche

           Octave était allongé sur son canapé. Celui-ci était si vieux qu'il épousait parfaitement les formes de son corps osseux. C'était le temps qui avait creusé ce confortable cercueil, car Octave n'avait jamais été plus lourd qu'une plume. Il contemplait paresseusement les fissures du plafond, heureux de ne rien faire. Une mouche voletait doucement, son vrombissement régulier ressemblait à une berceuse fredonnée par une mère attentive. Elle se posa délicatement sur sa main, il ne la chassa pas. Elle s'y promena puis reprit son vol. Elle fit plusieurs de ces zigzags propres aux mouches et ressemblant à un code secret indéchiffrable pour les humains. Elle vola un peu au dessus d'Octave, probablement pour se choisir un endroit où atterrir. Finalement, elle descendit en piqué et se posa sur son blanc d’œil. Elle se toiletta, récura ses ailes, puis avec ses pattes elle entreprit de se frotter ses beaux yeux à facettes. Au même instant un rayon de lumière traversa le rideau et illumina l'insecte. Sa carapace reflétait la lumière comme une boule à facette, mais ses yeux eux, absorbait tout. La lumière disparu, et la mouche suspendit son geste.

        

Rien ne bougeait dans la pièce.

Octave fixait le plafond avec cette douce rêverie qu'ont les morts.

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Commentaires (3)

1. Emilie ♥ 13/08/2013

Wahou. Ton texte est hyper bien écrit, et je m’y suis aussitôt plongée. Je me suis dit « Comment une mouche peut se poser sur un oeil ? », et je n’ai compris pourquoi que grâce à la dernière phrase. Vraiment, bravo.

2. La Chameauteure 13/08/2013

J’ai beaucoup aimé, mais quand tu parles de chute, je ne comprend pas !
On sais déjà au début du texte qu’Octave est mort puisque tu dit « ce confortable cercueil ».
Donc nous n’étions pas censé deviner ?

3. elleetsoncrayon (site web) 13/08/2013

Merci de ton avis! Si, à la base l‘effet que je souhaite c’est surprendre le lecteur! Donc je vais retravailler un peu tout ça…
Dans l’idéal, j’aimerai en quelque sorte écrire l’inverse de « Lucien » une nouvelle de Claude Bourgeyx. Mais j’en suis loin!

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